vendredi 20 février 2009

Salade de haricots verts, raie et wakamé

Tout cela parce que j'ai décidé de célébrer la Saint Valentin à ma façon iconoclaste, après avoir devisé avec une amie  qui n'a pas non plus épargné ce saint à l'apostolat séducteur et voluptueux (je croyais pourtant qu'il fallait être vierge et martyr pour accéder à cette dignité,  du genre "cachez-moi ce saint que je ne saurais voir"), dans un dialogue plutôt gratiné.

Mon dialogue à moi, il est poissonneux, ce qui ne vous surprend pas outre mesure; il n'est pas seulement gratiné, mais carrément poissé au fond, très très bas. Je souhaite au préalable préciser que toute ressemblance avec un couple réel  serait fortuite ou taquine.

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Mieux vaut une raie bouclée qu'une gueule de raie

La scène se passe chez monsieur et madame Lovmidou, le jour de la Saint Valentin. Monsieur, un peu dépité que cela tombât un samedi en 2009, fit contre mauvaise fortune bon coeur car c'est un conventionnel, il sait que le 14 février, on agite du coeur, pas du foie ou de la rate. Comme les années précédentes, il a annoncé "Chérie, je vais te faire la surprise de cuisiner". En 2009, année de l'oeuf, il aurait dû s'en tenir à cet ingrédient, le peindre en rose et le caler dans un douillet nid de nouilles à la béchamel. Non, il a voulu faire du poisson...

"- Chérie, peux-tu me prêter ton bracelet Napoléon III?

Du fond de la salle de bain, où Chérie se valentine les gambettes à la cire chaude, lui parvient la réponse.

- Celui que tu m'as offert l'an dernier?
- Tu en as plusieurs?
- Non, je veux juste savoir ce que tu veux en faire!
- C'est pour structurer le tartare de thon au milieu de l'assiette, c'est pile le bon diamètre!
- Tu peux toujours courir! Quoi? Ne me dis pas que tu as choisi du thon pour la Saint Valentin?
- Pourquoi, tu n'aimes plus ça?
- C'est très désobligeant! Pourquoi tu ne m'enduirais pas de mayonnaise tant que tu y es?
- On verra ça ce soir
(rire bien plus gras que la mayonnaise susdite).
- Ouais ben, continue sur ce mode et ton Petit Navire, tu pourras le laisser au hangar! Tu as prévu quoi après cette brillante entrée?
- De la raie! Idéal pour une saint Valentin je trouve!!!
- Mais tu as vraiment pété un câble mon pauvre garçon!!!
- C'est même de la raie bouclée! Estime toi heureuse, j'aurais pu choisir une raie publique ou une rémoulade!


Son visage hilare et égrillard s'encadre dans la porte de la salle de bain, ravagé de clins d'oeil à donner le mal de mer à un bouquetin, tandis que Chérie, les jambes encore fumantes, est de plus en plus fumasse....

- Pauvre naze!

- Je plaisanteuuuh, c'est un symbole; la raie tu sais, c'est l'ange des mers et toi, tu es mon ange sur terre!

Chérie,  se tortillant devant la glace embuée...

- Tu es gentil, mais regarde moi, je suis plutôt Angélique, Marquise des Hanches ces temps-ci. Tu as eu raison de faire du poisson...
- Je savais bien que ça te plairait, et tu ne sais pas le plus beau? Le mâle de la raie a deux bites!

Chérie se tartine une marée noire de mascara tant elle sursaute.

- Non mais dit, tu ne vas pas mieux, faut te faire soigner! Franchement, tu aurais dû préparer du crabe, ça rime avec Scrabble...
- Dis chérie, si tu veux que je te fasse le coup de la pince de crabe, avec joie, mais tu ne devrais pas me parler comme ça, alors que j'ai une raie électrique!
- Qu'est ce que c'est que cette singerie encore?
- Ce n'est pas un sex-toy, t'inquiète! La raie électrique, c'est ce poisson qu'on appelle aussi torpille; et moi j'ai une torpille que je verrais bien dans un tube de lancement, avec point gégène incorporé!
- Bon écoute gros débile, on va dire que cette année, ta Saint Valentin c'est la Sainte Valoche, et que tu vas la poser sur le trottoir avec tes poiscailles pourris, et ta soi-disant torpille sur l'oreille!

Moralité : "A la Saint Valentin, le marin rentre de bon matin"

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La raie électrique

Ce petit dialogue, que je ne relis pas sans une certaine inquiétude, des fois que l'hébergeur de CdM ne le classe désormais dans les blogs de boules et demande à mes lecteurs s'ils sont majeurs avant toute lecture, m'a donné envie de vous parler de l'électricité chez les raies. Sérieusement cette fois.

Beaucoup d'espèces de raies, dont la raie bouclée, la plus commune et la meilleure, sont capables de produire de l'électricité. La raie bouclée ne peut produire que du 4 volts, pas plus qu'une pile, on ne sens rien du tout. D'autres, les raies-torpilles, peuvent produire des décharges allant de 50 à 200 volts et jusqu'à 50 ampères. Rien de très méchant, mais de quoi quand même prendre une bonne commotion, et qui suffit par exemple à actionner une sonnette ou à éclairer une ampoule.

Bien plus faible toutefois que la décharge que peut donner le poisson chat électrique (jusqu'à 400 volts) ou l'anguille électrique jusqu'à  800 volts), capables d'électrocuter un homme, mais rassurez vous, ces poissons vivent dans l'eau douce, tandis qu'il y a 35 espèces de raies électriques réparties dans toutes les mers tempérées et tropicales.

Cette particularité contribue à différentes fonctions, une défense contre les prédateurs, parfois une arme pour assommer certaines proies, mais aussi un système de repérage, fonctionnant un peu comme un sonar. Cela dit, ce n'est pas l'arme ultime, car une fois les organes électriques, situés sur le dos à l'avant près de la tête, déchargés, il faut plusieurs jours pour qu'ils fonctionnent à nouveau à pleine puissance.

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[torpedo torpedo - torpille commune]

La torpille électrique a longtemps été utilisée à des fins thérapeutiques, jusqu'au XVIIème S.. A Rome, Antéros, esclave de Tibère, a été soulagé des douleurs causées par la goutte en marchant sur une torpille échouée sur le rivage, c'est le premier cas venu jusqu'à nous. On l'a ensuite surtout utilisée pour calmer les douleurs. Ainsi, en cas de migraine, on posait une raie électrique sur la tête du patient. L'ancêtre de l'électrochoc en fait... mais en dépit de recherches approfondies, je n'ai jamais pu déterminer si ce poisson était ou non utilisé pour l'épilation électrique.

 

Salade de haricots verts, raie et wakamé

Ingrédients

- un morceau d'aile de raie bouclée (de préférence)
- haricots verts
- algue wakamé déshydratée
- vinaigre à la la framboise
- huile
- huile de noisette
- poivre noir
- baies roses
- sel

pour le court bouillon :

- vinaigre de vin
- échalotes
- feuilles de laurier
- tiges de fenouil
- grains de poivre noir
- gros sel

L'algue wakamé, l'une des plus fameuses des algues comestibles, n'est pas endémique sur nos côtes, à la différence de toutes celles que vous pouvez trouver chez vos fournisseurs préférés. L'endroit en France le plus dense en quantité et variété d'algues se trouve être la mer d'Iroise, et cette région littorale du Nord-FinistèreNord-Finistère d'où je suis originaire et vers laquelle je me mets en route juste après avoir posté ce billet.

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Nous récoltons les algues depuis des générations, à des fins agricoles, chimiques, cosmétiques ou comme additifs(alginates et autres). Désormais, on les cueille également à des fins de consommation directe, la plus grande partie de nos récoltes étant exportée au Japon. Puisque le wakamé ne poussait pas chez nous, on a trouvé le moyen de le cultiver; et depuis qu'on la cultive, sa dissémination dans le milieu naturel s'est accélérée, on commence à en trouver assez fréquemment. L'avenir dira si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle...

Quant à la raie bouclée, je vous en ai dit l'essentiel lors de cette traditionnelle recette au beurre noisette. Juste encore une péripétie de poissonnerie : La nouvelle mode sur ces étals que je trouve de plus en plus surréalistes, est de présenter les ailes de raie la partie blanche vers le haut, avec une étiquette "Raie française" (et ça, c'est du belge?).

Je demande au poissonnier de quelle espèce de raie il s'agit, lequel, me prenant visiblement pour un illettré, me rétorque que c'est de la raie française. Soupir, vous pourriez retourner le morceau s'il vous plaît? C'était bien de la raie bouclée.

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Recette

Confectionnez le court-bouillon où va cuire la raie. Prévoyez assez d'eau pour juste recouvrir le poisson, et aromatisez de quelques échalotes, de gros sel, de tiges de fenouil, de laurier et de grains de poivre noir. Ajoutez un généreux trait de vinaigre de vin. Portez à ébullition, puis laissez mijoter une quinzaine de minutes.

Préparez le wakamé. Si vous l'utilisez frais, vous vous contentez de le rincer comme de la salade. Si vous avez la version conservée au sel, il faudra laisser tremper l'algue une trentaine de minutes. J'ai la version séchée, la plus pratique je trouve, il suffit de la laisser tremper dans de l'eau tiède une dizaine de minutes.

Les haricots verts sont cuits à l'italienne, c'est à dire à gros bouillon et à découvert, dans une eau salée. Ils doivent rester bien croquants. Une fois ce point de cuisson atteint, les plonger immédiatement dans de l'eau glacée. Trois avantages, ils ne continuent plus à cuire, cela accentue un peu leur saveur sucrée et ils gardent une jolie couleur vert tendre. Pour que cette couleur perdure jusqu'au moment de servir, mélangez les avec une petite cuiller d'huile.

La vinaigrette est faite d'une pointe de moutarde (oui je sais, mais j'aime les belles émulsions), de vinaigre à la framboise, d'huile à saveur neutre et d'huile de noisette (cette dernière saveur doit être présente mais discrète, pour ne pas tronquer la saveur de framboise), de sel et de poivre noir.

Pochez la raie dans de l'eau frémissante, de 15 à 20 minutes selon son épaisseur. Dépouillez la et effilochez-la encore chaude, pour la disposer tiède au dessus des haricots et des algues qui eux sont froids. Arrosez de vinaigrette et disposez quelques baies roses par dessus. Ce n'est pas qu'un décor, leur saveur s'associe vraiment bien à celle des algues, tentez et vous m'en direz des nouvelles!

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Cette recette n'est pas totalement nouvelle chez moi, elle est tirée d'un des premiers bouquin de cuisine que j'ai acheté, dans un bac aux puces de Vanves, il y en avait deux ou trois dont le nom de la collection était je crois "Cuisiner Autrement". La recette initiale ne comportait pas d'algues j'en suis certain, ni de baies roses, mais la vinaigrette était à la framboise. Normalement j'aurais dû mêler les haricots verts et le wakamé avant de dresser, mais tout le monde à ma table n'est pas encore décidé à manger des algues crues en salade! D'où cette répartition du wakamé autour des haricots, il était optionnel!

 

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Posté par Patrick Cadour à 07:07 - Commentaires [31]


jeudi 12 février 2009

Espadon Hemingway

Dure est la vie, durs sont les éléments, dur de vieillir aussi, pas tellement en soi (je ne me sens au demeurant pas concerné pour encore!), mais dans le regard des autres. Je viens de relire "Le vieil homme et la mer", d'Ernest Hemingway, quelle drôle d'histoire et quelle inquiétante leçon. Cette longue nouvelle est parue initialement dans la revue "Life", quelle étrange ironie pour une confrontation avec la mort...

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Franche leçon d'amitié, entre le vieux Santiago et son novice, que le père n'autorise plus à s'embarquer en pêche avec cet homme d'un passé perdu, qui ne ramène plus rien, le mauvais œil.  Ils vont néanmoins boire une bière "entre pêcheurs", sous les sarcasmes des gens ordinaires. Puis le jeune l'aide à gréer son bateau, à armer ses engins de pêche, harpons et lignes. Vogue la barque qu'il barre seul jusqu'à ce qu'il ferre "the big one", celui qui l'entraîne bien au delà de ses parages familiers, très loin vers sa mer extérieure et intérieure.

Douloureux combat de trois jours, entre l'homme usé et le grand espadon, à se demander lequel va en finir de l'autre.

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"Tu veux ma mort, poisson, pensa le vieux. C'est ton droit. Camarade, je n'ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ça m'est égal lequel de nous deux qui tue l'autre. Qu'est-ce que je raconte ? pensa-t-il. Voilà que je déraille. Faut garder la tête froide. Garde la tête froide et endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson."

L'homme finit par triompher, l'espadon est trop massif pour être hissé à bord, il l'amarre à couple et met le cap vers son port d'attaches (oui, au pluriel). Viennent alors les bêtes féroces, les requins qui s'invitent à un festin qui ne leur est pas servi. Le vieil homme se dresse, il tue des squales, ses dernières forces projetant des harpons mortels, mais il en vient trop.

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Il échoue enfin à bon port, sa belle prise n'est plus que squelette aux lambeauxde chair déchiquetée, les rapaces, les pilleurs de fortune ont tout dévoré. La leçon semble sage, on peut tout prendre à un homme, le détruire dans sa quête et ses conquêtes, mais on ne peut le vaincre, même en le privant de son bien et du sens de sa vie.

Hemingway, j'ai mis un certain temps à me l'approprier, lectures scolaires, "Pour qui sonne le glas" et  "Le vieil homme et la mer". Plus tard, je l'ai bien plus lu et j'ai souvent croisé son fantôme, tel une silhouette de Lord Kitchener de parade.

Au bar de l'hôtel Ritz maintes fois. Hemingway, qui était journaliste lors de la Seconde  Guerre mondiale, est entré dans Paris avec la Deuxième DB, Maréchal Leclerc et tout le tintouin. Il a demandé un char et une petite escouade, puis il a héroïquement foncé libérer le bar du Ritz.  J'aurais fait pareil à sa place, cet endroit est magique de paix, de légendes aussi.

Il y a plusieurs bars au Ritz, le Bar Vendôme est mon préféré avec son patio verdoyant,  je me souviens que son comptoir ne m'a jamais paru aussi allongé que lorsque j'y ai vu pour la dernière fois un vieux Gainsbourg sur de frêles jambes,  Ecce homo plus vrai que nature, je mets ce lien pour les inconditionnels. Le Bar Hemingway est idéal en saison froide, un vrai lounge à l'anglaise, on y trouve les meilleurs whiskies, un grand maître des cocktails et des souvenirs à fabriquer.

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Pas très loin, le Harry's Bar, rue Daunou, le plus vieux bar américain de Paris, construit en 1911 en copie conforme d'un bar de Manhattan détruit pour cause de prohibition. Hemingway le fréquentait le Harry's tout aussi assidûment, on raconte que c'est là que naquirent des breuvages aussi mythiques que le Bloody Mary et le Blue Lagoon.

Je suis également allé en Floride, tout en bas à quelques milles marins de Cuba, à Key West. Je me souviens m'être arrêté longuement devant la maison d'Hemingway, à ce point que mes potes, à peine moins gris que moi, sont venus me tirer par la manche, ne sachant si  je m'endormais sur place, si je réfléchissais, pleurais ou m'apprêtais à pisser contre le portail mercantile.

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Je pensais seulement à Hemingway et à ce que j'aime et déteste en lui. Sa grande conscience des êtres, ses phrases comme taillées au hachoir, il a inspiré Jack Kerouac et après lui, tous les écrivains de la Beat Génération, son besoin d'agir, son engagement au côté des républicains espagnols, Ava Gardner nue dans la piscine de sa résidence de Cuba... Au rebours, je déteste le viandard qu'il était, fou de corrida, de grandes chasses africaines et de pêche au gros (y compris de requins à la mitraillette), éleveur de coqs de combat, tout aussi prédateur en amour et ivrogne patenté. Voici une caricature qui résume assez bien ces aspects du personnage.

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Il s'est suicidé en 1961, alors que sévèrement diabétique, il devenait aveugle. Lui qui écrivait qu'il n'y a pas d'écrivain sans oreille, lui qui parlait du suicide de son père comme d'une lâcheté, dès lors comment faut-il prendre sa phrase : "Un homme, ça peut-être détruit, mais pas vaincu".

L'espadon

Ils en font peut-être un peu trop dans la vénération à l'Hôtel Ritz, puisque leur restaurant gastronomique, tenu par l'excellent Michel Roth (Bocuse d'or et MOF), est nommé L'Espadon. En fait, il le fut par Charles Ritz, ami d'Hemingway, comme lui un grand amateur de pêche, à la mouche comme au harpon. Je ne sais s'il y est encore, mais je me souviens d'un espadon naturalisé suspendu au dessus d'une porte qui m'avait fixé pendant tout un déjeuner, de son oeil rond et méchant.

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Ce poisson, je vous en dis quelques mots, car c'est la première fois (et sans doute la dernière), qu'il figure sur CdM. C'est un prédateur magnifique, avec ses dimensions  pouvant être impressionnantes (plus de 5 mètres de long et jusqu'à un poids de 500 kg). C'est l'un des plus puissants et plus rapides habitant des mers, il peut atteindre une vitesse de 130 km/h sur une courte distance et sonder jusqu'à 800 m de fond.  Ce sont ces performances qui en font une prise recherchée en pêche sportive.

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Son rostre aplati en forme d'épée qui lui vaut son nom commun (espadon, swordfish en anglais, beg-sabrenn en breton), n'est pas seulement décoratif. Représentant environ le tiers de son corps, il lui sert de stabilisateur et pour tuer certaines proies. Il se nourrit d'à peu près tout, avec une préférence pour les céphalopodes et les méduses. On fait parfois le rapprochement entre la diminution du nombre de grands poissons chasseurs et la prolifération des méduses, mais les facteurs climatiques sont probablement bien plus influents.

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Un terrible prédateur donc, même son oeil est un engin de chasse dont ne disposent pas les autres poissons : on a découvert il y a peu qu'autour des yeux de l'espadon, il existe une zone "chauffée" par vascularisation, qui accentuerait son acuité visuelle.

Les gros poissons mangent les plus petits, qui eux mêmes ont mangé... etc..  Si bien que la mer étant assez largement polluée, les plus gros chasseurs en bout de chaîne alimentaire marine, ont ingurgité tous les éléments polluants ingérés et fixés par les proies successives, ils se trouvent ainsi très chargés en différents toxiques, comme les métaux lourds, entre autres gâteries. 

L'espadon est ainsi un véritable réservoir à méthylmercure (mercure sous forme organique). A ce point que les autorités sanitaires s'en sont inquiétées. Depuis 2006, l'Afssa déconseille ce poisson aux femmes enceintes ou allaitantes, et aux enfants de moins de 30 mois. Pour le reste de la population, ce n'est pas forcément une nourriture à privilégier. Il en va de même pour l'espadon voilier, le marlin et le siki (ce petit requin des profondeurs au ventre rugueux que vous apercevez parfois sur l'étal de votre poissonnier).

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Voici l'une des raisons pour lesquelles je disais plus haut que ce poisson ne faisait qu'un passage furtif sur ce blog, en dépit de sa saveur et de sa texture exceptionnelles. Les autres raisons en sont la sur-pêche accessoire ousemi-industrielle (et notamment en France, à l'île de la Réunion) qui exerce une pression sur la population juvénile, pression à laquelle les pratiques de pêche sportive s'ajoutent fortement. Ajoutez à cela que c'est plutôt un poisson de mers chaudes, qu'il faut donc transporter jusqu'à nos assiettes, et le tableau devient hideux...

Je n'en avais pas cuisiné depuis au moins une quinzaine d'années je crois, je voulais que ma fille en goûte au moins une fois, et pourquoi pas mettre un peu de lecture et de pédagogie sur CdM avant la recette que voici.

Espadon Hemingway

Habituellement, je n’apprécie pas les intitulés de recette qui n’informent pas un minimum sur le contenu de l’assiette, mais bon, c’est vraiment une thématique de littéraire géographe et gourmand qui m’a conduit à la réaliser, je l’ai voulue d'inspiration cubaine.

Je ne suis pas parvenu au résultat escompté, mon huile de rocou, pourtant achetée sur le marché de Fort-de-France n’avait pas ce pouvoir colorant en orangé vif que cette graine apporte au haddock et à quelques fromages comme la boulette d’Avesne, le livarot ou le cheddar.

J’ai cherché dans tout le Chinatown parisien une carambole mure et donc bien jaune, pour une décoration en étoile comme sur les drapeaux  communistes. J’ai par contre trouvé de belles et fraîches feuilles de bananier.

Carambole

Amateur de cigares, exclusivement de havanes, j’ai interrogé Françoise Izrael, la papesse parisienne des épices, pour vérifier s’il en existait une à base de tabac, et bien non pas à sa connaissance. J’ai donc rusé avec du thé fumé, non pas du Laspsang Souchong, version édulcorée pour délicats, mais du Tarry Souchong, qui sent le feu de bois au point que les voisins rappliquent avec un extincteur à chaque fois que je m’en prépare une théière. Oui, je bois du thé, contrairement à ce que prétend une rumeur malveillante…

Vous ne vous rendez pas compte du mal et des distances qu’on doit parfois s'imposer pour réaliser une recette,  même aussi simple que celle là!

Ingrédients

- escalopes de longe d’espadon
- huile de rocou
- purée de piment
- citron vert
- poivre de la Jamaïque moulu
- rhum blanc
- thé fumé
- beurre salé

Pour l’accompagnement

- riz cuit à la créole
- haricots rouges cuits
- un bel oignon
- thym
- quelques feuilles de bois d'Inde (ou de laurier à défaut)
- poivre de la Jamaïque moulu

Recette

Lavez et séchez les escalopes d’espadon, puis enduisez-les d’un mélange d’huile de rocou, de purée de piment et d’un trait de citron vert. Faites une tasse d’infusion bien corsée de thé très fumé.  Coupez environ 100g de beurre salé en petits cubes que vous placerez au frais. Mon huile de rocou, non seulement ne colorait pas vraiment, mais se figeait comme beurre au pôle nord!

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Au moins une heure après, faites fortement  chauffer à sec une poêle anti-adhésive et cuisez le poisson pas plus d’une minute sur chaque face (enfin, adaptez en fonction de l’épaisseur de vos morceaux, là j’avais vraiment le format escalope de veau). Une fois le poisson cuit, flambez d’un trait de rhum blanc, et réservez le au chaud, le temps de verser dans la poêle une petite tasse de thé fumé, de faire réduire ce jus et de l’émulsionner avec les petits morceaux de beurre bien froid. Vous arrosez le poissons avec cette sauce courte.

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L’accompagnement est un classique cubain, et même la nourriture de base de la plus grande partie de la population. On fait revenir un oignon grossièrement coupé, des haricots rouges cuits (j’ai ouvert une boîte) et rincés, dans du beurre et un peu d’huile, on ajoute du riz cuit également, beaucoup de thym, du sel et du poivre de la Jamaïque moulu. Un vrai délice, qu’on peut également agrémenter de grains de maïs, si on n’aime ça (uniquement en pop-corn , grillés ou en polenta en ce qui me concerne).

Si vous adoptez cette présentation sur feuille de bananier, lavez la très soigneusement, il suffit d'avoir vu les hélicos sulfater les plantations pour s'imposer quelques précautions. Pour que ce soit plus joli, frottez la d'un tampon gras pour qu'elle luise comme au soleil.

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Je termine ces quelques mots par un aparté d'ordre semi-privé. Une blogueuse m'a récemment éreinté dans un de ses billets, comme quoi j'écris bien trop long, que je me prends pour l'ayatollah du poisson, que je me suis affranchi de ma régularité de publication du vendredi, et que sais-je encore d'incongru. Oui, je publie ce billet un jeudi, le 12 février, car c'est la date d'anniversaire de cette insolente. Comme elle est aussi une championne d'escrime et une graphiste de talent, voici ma petite carte... en espérant qu'elle lise jusqu'ici ce billet dru, mais concis!

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Posté par Patrick Cadour à 07:07 - - Commentaires [28]
mardi 3 février 2009

Filet de bar à la badiane et au citron confit

Je ne sais plus à qui je le disais, peut-être à vous, ma vie tant professionnelle que privée est de plus en plus chargée, ce qui me laisse moins de disponibilité pour lire les blogs voisins avec la régularité d'auparavant, je ne suis d'ailleurs pas plus régulier dans mes publications. D'abord le poisson est trop cher, mon four est déficient, mon réveil n'a pas sonné et je n'ai pas de lumière à mon vélo.

Pourtant, je me tiens au courant, même si ne laisse plus tellement de commentaires, je continue à en lire un grand nombre, et à observer les nouvelles tendances, pas seulement celles des billets en eux mêmes, mais aussi dans les commentaires, (où je rencontre de plus en plus de bonnes surprises au niveau de la qualité de l'écriture des billets, c'est selon moi un signe d'élévation générale de la maturité des auteurs. Et oui, les gars et les filles, on vieillit... en se bonifiant le plus souvent, mais pas toujours hélas, certain s'aigrissent).

Je constate également que les blogueurs ont de plus en plus franchi les frontières virtuelles pour se rencontrer dans la vraie vie. Il fut un temps où le moindre goûter, ou shopping chez G Detou, entre blogueuses pouvait donner prétexte à trois ou quatre billets multiplié par le nombre de participants.

Bref, beaucoup de nouveaux tics et marottes également, reflétant l'ambiance de la vraie vie. Du coup, à la demande générale, et après en avoir discuté avec une amie chère, je me décide aujourd'hui à actualiser un billet de septembre 2007, consacré aux commentaires laissés sous le billets. Il n'y a plus l'effet de surprise, j'en conviens, mais on peut continuer à rigoler quand même!

atravers
"Je passe la main à travers
l'écran pour piquer une  bouchée"

J'en avais relevé 80 la première fois, s'agissant cette fois d'une mise à jour, je me suis arrêté à 40. Cela dit, ceux de 2007 n'ont pas pris une ride, d'ailleurs j'ajoute ici quelques catégories qui m'ont alors été suggérées dans les...commentaires.

40 nouveaux commentaires à l'usage des lecteurs de blogs culinaires

Version écologiquement correcte

- Tes cerises chiliennes sentent le kérosène.
- Je ne comprends pas qu'on puisse encore utiliser autre chose que des sachets à thé lavables.
- Désolé, mais ce poisson fumé me troue la couche d'ozone...
- Monsieur, votre façon de brutaliser le homard est une honte pour l'humanité.

Version politiquement conforme

- Ta crème de marron me fait penser à Barack Obama, c'est un moment historique.
- Cette purée de truffes est un hommage minable à Sarkozy
- Moi aussi je suis contre la crise.
- Nous aussi, on s'est régalé chez Angelina après la manif de jeudi!

Version diététiquement condamnable

- Belle recette, mais j'ai banni le sel, le sucre et l'alcool de mon alimentation
- J'hésite toujours à utiliser les épices, elles sont irradiées et bourrées de pesticides
- Je ne comprends pas qu'on s'autorise à assaisonner un si beau produit.
- Plutôt mourir que d'avaler un édulcorant.

Version anti-argent

- Ton blog n'est plus que promotion commerciale, je ne viendrai plus.
- Il y a beaucoup trop de livres de recettes qui sortent, vos blogs ne vous suffisent plus?
- Je comprends ta démarche, mais mon blog doit rester un plaisir.
- Vous confondez recettes de cuisine et recettes publicitaires, c'est dommage.

Version réseaux d'amis

- Je me contrefiche de Wikio, d'ailleurs je ne suis classé que soixantième ce mois-ci.
- Tu as reçu mon mail de vendredi?
- J'ai vu sur Face Book que tu avais posté une nouvelle recette, alors me voilà!
- Je constate que tu entres dans la famille Wordpress, welcome!

Version on se connaît en vrai

- J'ai été ravi de te rencontrer au Salon de la crotte en chocolat.
- Ah, enfin la recette de ces endives que tu m'as cuisinées l'autre jour (smiley obligatoire).
- Je reconnais ta casserole sur la photo (double smiley arrière).
- J'ai l'impression que nos enfants étaient le même jour chez Mickey (pas racontable).

Version soutien psychologique

- Tu sais, après le pain noir vient le pain blanc, tu commences d'ailleurs par une magnifique tarte!
- Moi aussi j'ai souvent l'envie d'arrêter mon blog, mais tu vois, je suis encore là deux mois après...
- C'est une épreuve de rater une mayonnaise, mais il faut remonter à cheval tout de suite après qu'elle soit tombée.
- Je pense aussi que la vie est comme tes gnocchis qui remontent à la surface après avoir touché le fond!

Version je me marre

- Hihihi, j'ai failli faire pipi dans ma culotte en te lisant!
- Toi seul est capable de me faire rire avec une recette de brocolis!
- J'en pleure de rire dans ta soupe à l'oignon.
- L'humour est l'apanage des bons vivants, vos devriez arrêter de cuisiner pour ne faire que ça!

Version élevons nos enfants

- Titou adore mes macarons qui lui font penser aux seins de maman.
- Bon anniversaire à ton petit trésor, trop mignon sur la photo!
- J'ai la même tactique que toi, dissimuler les légumes pour les forcer à en manger.
- C'est bien de ne lui donner que des aliments préparés par maman, c'est mieux pour leur santé.

Version coquine

- C'est Rocco qui t'as donné cette recette de pain?
- Rhoooo.... tout ce gingembre! Marcel est fatigué?
- Cette blanquette est terriblement sensuelle, j'imagine l'onctuosité de la sauce...
- Et à part ça, qu'est ce que tu sais faire avec un mixer plongeur?

Bon voilà, comme d'habitude, on se reconnaît plus ou moins (et moi le premier comme commentateur ou commenté), l'exercice m'a tout autant détendu que la première fois, idéal pour aller me planquer en cuisine.

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Filet de bar à la badiane et au citron confit

Alors bien entendu, je vous fait le coup pour la troisième année consécutive, je vous propose une recette de bar en cette période, avec la recommandation stricte de vous abstenir de pêcher et de manger ce poisson en cette saison, car c'est la période de frai, attendez mars ou mieux avril pour vous régaler. En gros, il faut éviter de manger du bar en hiver. Vous pouvez à la rigueur utiliser un bar d'élevage bio et labellisé, ou utiliser un autre poisson, je vois très bien de la dorade par exemple.

Le temps passe vite, c'est une recette que j'ai imaginée en juillet 2008 pour recevoir la même amie que celle grâce à laquelle vous avez eu le droit à ce nouvel accès de méchanceté (nb pour Paprika : Je t'évite ainsi d'avoir à le préciser dans les commentaires) .

Ingrédients

- deux bars de 800g à 1kg
- huile d'olive corsée
- badiane
- citron confit salé
- fleur de sel
- poivre noir

Pour l'accompagnement :

- pommes de terre à purée
- 1 coeur de céleri branche
- tomates confites
- curcuma
- macis
- lait
- crème fraîche
- huile d'olive

Recette

La veille, faites chauffer sans bouillir de l'huile d'olive avec quelques étoiles de badiane et des petits cubes de peau de citron confit. Et laisser infuser ainsi à couvert.

Levez les filets de bar, et faites les cuire très légèrement enduits d'huile, entre deux feuilles de papier sulfurisé, comme expliqué ici pour la dorade (j'insiste, vous voyez..)

Pendant que le poisson cuit en quelques minutes, faites chauffer l'huile aromatisée, posez les filets sur assiette chaude, arroser avec l'huile, salez et poivrez. Disposez à côté un ramequin avec l'accompagnement.

barbad

L'accompagnement est un écrasé de pommes de terre, presque en purée, détendu avec un peu de lait, de crème fraîche et d'huile d'olive, assaisonné de poivre, sel, curcuma et macis, réchauffé avec quelques morceaux de tomates confites, et auquel on ajoute au dernier moment les feuilles les plus tendres du coeur d'un céleri-branche.

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Posté par Patrick Cadour à 12:12 - - Commentaires [39]


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