Persillade de langues de morues sur canapé
Avant de baver sur la langue de morue, et sans relation de cause à effet, il est plus que temps que je vous révèle qui a gagné le livre d'Alain Ducasse, dans le cadre du "Concours de Recettes Simples de la Mer Parfois Compliquée", auquel les participants ont été nombreux. Merci encore une fois à vous, toutes ces recettes méritent d'être conservées, et également à Esterelle et Anaïk pour leur efficacité au moment du choix, en dépit de leurs nombreuses occupations d'excutive women et de mamans, dont un accouchement...
Nous sommes rapidement tombés d'accord sur quelques recettes qui alliaient à la fois une histoire contée, le respect des espèces menacées, une préparation simple et nous donnant envie. La contribution qui à nos yeux associe tous ces critères de façon équilibrée est celle de Marie-France, du blog "Une cuillerée pour papa". Bravo, tu as bien fait d'insiter lorsque dans le récapitulatif, j'avais écorché ton prénom et mis un lien erroné! Je vous invite à aller lire ou relire ce billet, qui est aussi bien dans la saison que dans son terroir!
salade marine aux petites pommes de terre nouvelle
La langue de la José
"J’avais environ une quinzaine d’années, lorsque je m’embarquais pour la première fois vers le Grand Banc du Petit Nord, sur la Joséphine, un morutier aussi ancien que le menhir de Brignogan, une vieille coque pourrie que seul le doyen des curés de la paroisse acceptait encore de bénir, il y a la même solidarité chez les épaves que chez les ivrognes et les gens de mer.
Mon père n’était pas revenu de la dernière campagne, perdu sur son doris avec ce fainéant de Job Keffelec quelque part sur le Banc à Verts, ma mère pense qu’il est encore quelque part sur un bout de caillou à bouffer du mergule, mais elle a beau prier Saint Antoine pour qu’on le retrouve, les hommes m’ont dit qu’avec l’hiver qui est revenu, il doit être grignoté par les crabes depuis belle lurette. Et puis le gars Antoine, ce n’est pas un gars du coin, il n’est pas doué pour la grande pêche… Alors me voici à mon tour parti terre-neuvier pour nourrir la famille à sa place.
Nous autres sur la José (il parait que ça porte malheur de donner un petit nom à un bateau, mais à Terre-neuve, on ne voyait pas bien ce qui pourrait nous rendre plus malheureux), on péchait la morue verte, c'est-à-dire qu’on la salait fortement pour la ramener au port d’attache, sans la faire sécher sur place comme d’autres.
Nous partions chargés de sel, de lard, de patates et de biscuit de mer plus durs que la tête de Fanch an Teil, celui qui endort les vaches d’un coup de boule aux abattoirs de Landivisiau. Un peu de pinard aussi, personne ne voudrait prendre la mer sans les rations de cambusard.
La pêche était simple et se pratiquait à dériver, on nous mettait dans des tonneaux avec un poncho de toile goudronnée en guise de protection. Ainsi, nous étions un peu à l'abri du froid, du vent et de l’eau, tandis que les parois du baril nous aidaient à rester debout dans les creux. Et nous devions pêcher, pêcher sans cesse à la force des bras. Si on voulait que la José barrote en revenant à Paimpol, il fallait donner un bon coup à la turlutte, et que le saleur connaisse bien son affaire!
Nous n’allions que peu à terre, pas le temps de mouiller un pied d’ancre ou même d’aller au café baiser une fillette ou faire un jusant. On n’amarrait que pour renouveler la boette, capelans ou calamars, ou souvent des bulots ramassés par nous-mêmes, dont ont cassait la coquille d’un coup de caillou pour récuper la bête. Ces boettes empestaient, car on les utilisait jusqu’à ce qu’elles coupent l’appétit aux morues.
Nous autres lignotiers, nous envoyions nos prises à l’arrière aux trancheurs puis au saleur, l’homme le plus important du bord après le Seigneur et le patron.
Avant de passer les morues, nous en prélevions la langue. A la fin de la journée de pêche, elles étaient comptées, celui qui en avait le moins était le mauvais pêcheur et devait donc en punition laver le pont. Pas la peine de vous dire que novice comme j’étais, plus d’une fois ça m’est arrivé de rester le dernier à trimer pendant que les autres allaient se cabaner au chaud à attendre le dîner.
Il faisait bien froid sur le pont. Nous quittions le banc en janvier ou février, selon la fortune de pêche, il fallait en effet être rentrés avant le Carême pour bien vendre la cargaison. Il fallait repartir après Pâques, et encore pêcher jusqu'à ce que les cales soient pleines, mais à cette époque de l'année, le temps était meilleur.
Les langues étaient salées à part avec la tripe et les joues, certains armateurs généreux les laissaient aux marins au retour, pour arrondir le pécule, mais pas celui de la José, un radin qui aurait tondu une tortue pour lui prendre son lait!"
Je n'ai jamais goûté de tripes de morue, je me perds en conjectures d'ailleurs sur quelle partie du poisson il s'agit, j'ai lu que c'était la vessie natatoire, pourquoi pas, mais j'ai surtout en tête que cette dernière était surtout une matière première prisée pour la fabrication de la colle de poisson. Toujours est-il qu'il est toujours possible de s'en procurer, mais je ne sais guère où, de même que je n'ai jamais trouvé de gésier de mulet qui sont parait-il délectables.
En tous cas, voici un poisson dont on ne perd rien, de la tête à la queue en passant par l'huile de son foie, par la laitance salée et fumée qui sert en particulier à confectionner le tarama, mais que je préfère largement déguster nature avec un bout de pain et le whisky qui va bien... comme la poutargue d'ailleurs.
Persillade de langues de morues sur canapé
Ingrédients
- langues de morue salées
- laurier
- piment
- vin blanc
- persil plat
- ail
- huile d'olive
- poivre noir
- pain
- tomate mûre
Cette recette peut bien entendu être réalisée avec des langues de morue fraîches, si vous en trouvez, elles sont difficiles à trouver en France. Celles-ci conservées en saumure, je les ai achetées à un marchand portugais du marché, mais elles proviennent de Norvège.
Recette
Il faut dessaler les langues de morue (arf...), pour cela douze heures suffisent, alors qu'il faut compter facilement le double pour les filets. Vous les placez dans une passoire elle même trempée dans la chasse d'eau dans une bassine d'eau, que vous renouvelez au moins une fois.
Préparez un court bouillon : Mettez à chauffer de l'eau avec quelques feuilles de laurier, un peu de piment (j'utilise le piri-piri portugais), une ou deux gousses d'ail un peu écrasées et un verre de vin blanc. Portez à ébullition et laisser infuser.
Lorsque ce court bouillon est tiède, vous pouvez y mettre les langues de morue sans aucun apprêt, ce sera bien plus facile de les habiller lorsqu'elles seront cuites. Au premier bouillon, comptez deux minutes à frémissement puis coupez le feu et laissez refroidir jusqu'à ce que vous puissiez manipuler les langues.
Vous devez alors un peu les parer, ce qui consiste à retirer plus au moins de la membrane d'aspect gélatineux qui les entoure, pour ma part c'est une consistance que j'apprécie. De même que j'y laisse les colibets (ce n'est pas une faute, ce mot désigne le petit cartilage très délicat se trouvant dans la langue des morues, elle n'est pas poétique la cuisine de la mer?).
Vous pouvez confectionner le pain à la tomate un peu à l'avance. Il ne s'agit ni plus ni moins que de la tartine très répandue chez les catalans, et par laquelle j'adore commencer un repas de tapas à Barcelone. Faites légèrement toaster une tranche de pain de campagne. Frottez là d'un peu d'ail, puis d'une tomate bien mûre et mondée (sans sa peau ni ses graines). Il s'agit d'y laisser la chair de la tomate, et non seulement son jus. Habituellement, on termine par un trait d'huile d'olive et un peu de sel, mais pas pour ma recette.
La persillade gagne à être préparée une heure à l'avance, avec du persil plat, de l'ail et un peu d'huile d'olive. Selon votre appétit pour l'ail, vous doserez vos proportions. Je pratique pour ma part en cette saison où l'ail nouveau est si savoureux et peu agressif, un dosage 1/3 d'ail pour 3/4 de persil. Cela peut vous sembler beaucoup, mais sachez que l'ail va cuire suffisamment pour conserver son parfum tout en perdant en force. Hachez (pas trop finement) au couteau l'ail et le persil, en évitant de mettre trop de tiges, puis vous les réservez dans un bol avec un peu d'huile d'olive, juste assez pour les préserver de l'air sans les noyer!
Il ne vous reste plus alors qu'à passer les langues de morue à la poêle dans un peu d'huile d'olive (je pratique volontiers le mélange huile d'olive et beurre). Lorsqu'elles sont un peu raidies, ajoutez la persillade sans excès d'huile. Présentez aussitôt avec le pain à la tomate.
Commentaires sur Persillade de langues de morues sur canapé
La photo des langues de morue ne m'incite pas à cuisiner ça!
Grâce à toi, je connais maintenant l'origine du mot quolibet!
Bravo
Je n'en reviens pas... Je viens de me lever pour débrancher l'ordi à cause de l'orage qui gronde... je regarde vite fait avant les messages et je vois celui-ci.
Qu'est-ce que je suis contente, merci, merci beaucup Patrick, Esterelle et Annaick, c'est bien la première fois que je gagne à un concours culinaire - il faut une première fois ! - et ça me fait un immense plaisir, tout comme ça m'a fait un immense plaisir de me replonger dans mes souvenirs pour cette recette iodée et simple.
Ouffff ! le livre d'Alain Ducasse, quel merveilleux cadeau...
Encore merci... Je vais éteindre l'ordi car ça continue à gronder et retrouver mon lit en pensant à ce beau cadeau que vous me faites...
Bravi Bravo à Marie-France (qui vient régulièrement par "chez moi") !!!
Bon, je ne connais pas la langue de morue, mais je suppose que ce doit être d'une tendresse proche des langues de poissons (ici, on le fait avec celle des truites, mais c'est plus petit), c'est-à-dire: à se taper le fion par terre !!
Bravo pour cette découverte et pour l'animation réalisée durant quelques temps sur la blogosphèe !
Bravo Marie-France !
Ohla, la dernière fois que j'ai mangé de la langue de morue, c'était (tellement loin) à La Réunion...
Que de souvenirs !
Les morues seraient-elle moqueuses, pour avoir des colibets sur le bout de la langue ?
ce que j'aime bien , quand je viens ici, c'est que j'apprends à chaque fois quelque chose, que ce soit culinairement, lexicalement ou historiquement...
Sans parler de la délectation que j'ai de lire chaque fois ces récits hauts en couleur.
Vu la qualité des recettes participantes, ce concours était très difficile, un grand bravo à Marie-France !
La langue, même de morue, ça ne me tente pas trop. Mais morue "ordinaire" persillée et accompagnée d'une tartine catalane, ça oui !
Cuisiner des langues de morue ? J'ignorais totalement que cela pouvait se faire ! Mais à chaque fois que je te lis j'en apprends de belles sur les produits de la mer...
Et merci pour le récit du terre-neuva...
Bravo Marie-France!
Pfff; un accouchement c'est rien par rapport à arracher les langues aux morues ou laver le pont d'un bateau
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Pour les tripes de morue c'est aussi un plat italien traditionnel. Il y en avait sur le site les 4 gourmets (j'ai pas d'action chez eux, juré), marque Cedroni... mais ils ne semblent plus en vendre.
Je ne sais pas pourquoi mais langue de morue ça ne m'attire pas plus que ça sans parler de la photo
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Les colibets
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Jamais goûté ni même vu ces langues de morue, mais si un vendeur portugais de langues de morue norvégiennes passe par ici..
Bravo à Marie France dont j'apprécie plus particulièrement la valorisation du terroir dans cette recette.
J'ai zoublié : c'est normal qu'on casse les pinces des homards ? Et puisque Vanille me pose la question, comment reconnaît on le mâle de la femelle ? Est ce que ça a une incidence dans l'assiette ?
Tu m'as convaincue. J'achèterai pour la première fois des langues de morue. Pas pour les manger (il ne faut pas exagérer), mais je n'ai jamais rencontré un vendeur portugais dans le Vaucluse
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Bravo MF!
Côté langue de morue, j'ai une voisine qui cancane furieusement. Ferait-elle l'affaire?
Bravo à Marie-France, à toi pour cette recette qui me plaît bcp (et à Estèbe pour son excellent commentaire-).
Bises!
Il faudrait que j'essaie de faire mais j'ai peur de la rater.Elle a l'air vraiment extra, encore une recette à tester
Ces tapas délicieuses qui se dégustent aux Baléares s'appellent "pamb'oli" (pain et huile en catalan). La fleur de sel sur ces tartines est un délice ! Il faut noter que les tomates destinées à frotter le pain sont une variété spéciale (pas très belle à l'œil) qui se conserve même en hiver, dans du papier journal. Si si, même en Bretagne, j'arrive à retrouver mes traditions familiales !
Bravo pour votre blog! Pour tous gourmands et gourmets avertis, faîtes un tour sur le site http://www.itaste.com. Partagez vos adresses de bons restaurants et découvrez celles des autres. Ce site ne peut que vous plaire! Bonne continuation!
Bravo Marie-France !
Je ne me sens pas envcore prête pour goûter aux langues de morue mais c'est toujours un plaisir de découvrir une partie de l'histoire de la Mer à chaque billet.
Encore merci pour le concours et ses fabuleuses recettes.
Je crois que j'ai perdu mon pari, la langue de morue se cuisine
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En tout cas, ça donne envie avec cette recette, donc bravo, et bravo aussi pour le côté historique en plus.
Bonne continuation.
Merci pour ta recette marie-france.
Demain justement je dois en faire avec des tranches de fletan en plus, car nous serons nombreux et la langue, c est pas vraiment ca qui va nous remplir le ventre .. remarque, j en ai 1,2 de prevu pour 6 personnes.
Amitiés de Norvége du nord, où je vis depuis 16 ans.
sandrine.
Lors de la premiere meme, je serais favorable a l'Etat grace a vous pour cet article eclairant. En second lieu,
Je prefere me demande ou je peux apprendre beaucoup plus d'informations concernant
essai. Je suis arrive ici via Bing et
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je vous remercie beaucoup.











