vendredi 11 mai 2012

Mi xao tom (Nouilles sautées aux crevettes - Vietnam)

Aujourd'hui je ne vais pas vous tanner la patience avec des histoires de coucheries sous-marines ou de poissonniers indélicats (ce dernier thème étant à venir, j'accumule du dossier). 

D'une part la recette ci-dessous est longue et mérite donc plus de concentration que de dissipation, et d'autre part je me trouve confiné pour un certain temps dans un endroit non équipé de wifi, avec des plateaux-repas pour lesquels on ne se souhaite pas bon appétit, mais bon courage (bon en même temps, je suis rattrapé par la patrouille : qui sème le vent récolte des courants d'air, c'est bien connu, et j'en suis au stade où je dois regarder le cyclone dans le blanc de l'oeil).

Comme disait mon grand-père, si on pisse bout au vent, on prend le risque de se charger les bottes. On peut aussi entendre "bite au vent" en certain Café du Port et du Salut Réunis, mais j'y vais moins maintenant. 

A ne pas confondre avec une bitte d'amarrage, qui non seulement prend deux "T", mais qui en plus est bien trop petite pour cet usage.  

Sur un bateau, à l'exception des sous-marins où on s'en moque pas mal, il faut toujours pisser du côté sous le vent. Après bien entendu avoir averti le timonier (dit aussi "barreur" sur les engins de plages et lors des pêches au bar, je parle du poisson), qu'il ne vire pas de bord en pleine émission.

Je ne sais pas ce qui me prend de vous raconter ça, qui n'a que peu à voir avec le mi xao, mais en même temps, on y met ce qu'on veut, c'est un plat familial qui varie à l'infini.

Il y a probablement aussi le fait que je ne trouve pas de jeu de mot convaincant à partir de mi xao. Même les vannes maritimes tombent à l'eau, genre "Prince Mi Xao et Prince Moa Xao sont sur une jonque, etc." Ne faites pas les farauds à clamer que je m'use au fur et à mesure que ma muse s'amenuise, si vous avez le gag qui tue à propos du mi xao, laissez-le en commentaire, je vous promets de m'en resservir à la première occasion ou à la septième compagnie. 

J'en reviens à mon sujet de départ, l'absence de wifi qui m'oblige à improviser et à tout rédiger de mémoire, c'est à dire pas grand chose. Habituellement, comme bien des blogueurs culinaires notables, ceux qui ont réussi et se prennent pour des ambassadeurs de marques voire des grands reporters de publi-reportage,  je me contente d'aller faire des recherches sur Wikipedia ou le dossier de presse qui va bien, et pan, un copier/coller.  

Au bout d'un certains nombres d'années de blogage nous avons tous tendance à poser les bagages; si nous devions en plus rédiger nos billets par nous-même ce serait l'enfer, ou alors nous devrions embaucher des nègres pour tenir nos blogs pendant que nous sommes à des évènements, où nous sommes traités en invités de marques. Oui, j'ai mis un "S", exprès. 

Enfin, dernière raison de ne pas m'attarder, je publie ce billet depuis un iPad, pour la première fois. Outre le côté toujours un peu émouvant d'une initiation, il se trouve que j'ai des doigts plus adaptés à croquer la fortune, à décroisser la lune ou à bouffer des haubans (tout de mémoire je vous dis), qu'à caracoler agilement sur un clavier tactile qui me produit youjoursvbien plusbde caractères que'escompté.  

Sans compter le correcteur automatique qui est devenu totalement paniqué lorsqu'il a lu "mi xao". Bref si vous trouvez des fautes de frappe ou autre anomalie, corrigez-les vous-même, je m'engage à rembourser sur facture un effaceur d'encre d'écran pour douze foyers fiscaux.

Vous savez maintenant pour quoi je ne vais pas m'attarder à raconter ma vie avant cette copieuse recette, alors mi xao la compagnie (désolé). 


Mi xao tom

Ce nom ne signifie pas qu'il s'agit d'une variante cuisinée par l'oncle Ben dans la case éponyme de son beau-frère, d'ailleurs il n'y a pas de riz dans cette recette. 

"Tom" désigne les crevettes en vietnamien. Ce qui est une facilité de langage pour moi, j'ai en fait cuisiné un mi xao aux fruits de mer, mais cette page manque sur mon dico breton-vietnamien.

"Mi" désigne la plupart des produits alimentaires à base de blé. Ainsi le banh mi, récemment devenu un must de la branchitude gastronomique et un thème incontournable pour nombre de blogobobos, est tout simplement un sandwich-baguette, avec de la mayo.  Quant à "xao", cela signifie "sauté".

Ce sont donc des nouilles sautées aux crevettes, mais comme toujours avec les recettes d'Indochine, il y a bien plus que l'intitulé inside. La liste des ingredients reprend l'ordre de la photo en dessous, pas forcément dans l'ordre logique, mais dans celui de ma fille qui a eu la gentillesse et le talent de prendre ces photos et de faire le montage. 

Ingrédients

- pousses de bambou

- carottes

- brocolis

- oignons roses  et/ou échalotes

- poivron rouge

- jets d'ail (le retour)

- crevettes

- calamar

- fines asperges vertes

- ciboule thaï

- poitrine de porc salée

- gingembre frais

- piment rouge thaï

- coriandre

- pousses de soja

- nouilles de blé chinoises

- nuoc mam

- poivre noir 

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Voici le type de pâtes à utiliser, des nouilles de blé tendre assez fines, colorées de curcuma. Il s'agit d'une recette qui traduit assez bien l'influence de la gastronomie chinoise sur celle du Vietnam, tandis qu'à l'ouest de la péninsule, la cuisine thaïlandaise est plus marquée par celle de l'Inde. 

Encore qu'on pourrait déceler comme un cousinage entre le mi xao et le pad thaï, ce dernier consistant en des nouilles de riz sautées avec diverses garnitures incorporées. On s'accorde généralement sur l'hypothèse que la version thaïlandaise a pour origine la communauté chinoise installée au royaume de Siam. 

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Petit focus sur deux ingrédients peu courants sur les marchés, les pousses de bambou étuvées et vendues sous vide, à préférer à celles en conserve, et les jets d'ail, soit les jeunes pousses vertes de la plante condimentaire. Ces derniers se trouvent plus facilement dans les régions productrices d'ail, ou alors dans les magasins asiatiques. 

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Recette

Commencez par cuire les pâtes. Attention, elles gonflent moins à la cuisson que les pâtes de blé dur, prévoyez une quantité suffisante. Vous les plongez dans l'eau bouillante, deux à trois minutes, elles restent très al dente. Egouttez et rincez à l'eau froide, réservez dans une passoire pour que l'eau s'évacue bien.   

Nettoyez les calamars, pratiquez un damier fin sur la chair et coupez-les en morceaux si nécessaire. Décortiquez les crevettes en laissant le tronçon de carapace de la queue. Fendez-les assez franchement le long du dos, afin qu'elles s'ouvrent en corolle à la cuisson. Profitez de cette opération pour ôter le boyau noir.

Coupez la poitrine fumées en petits lardons. Hachez finement le gingembre frais et le piment rouge, débarrassé de ses graines. Coupez grossièrement une poignée de feuilles de coriandre. 

Parez et coupez les légumes. Dans un monde idéal, il faudrait tous les tailler à la même longueur, en se calant sur celle des pousses de soja, mais dans la vraie vie, on fait avec la provende du jardin ou du marché, et on évite de gaspiller. 

Il y a deux façons de cuisiner le mi xao, selon qu'on aime les nouilles encore souples ou carrément croustillantes. Dans la première version, on met les pâte a sauter dans le wok et on y ajoute les ingrédients de la garniture. 

La seconde a ma préférence depuis que je suis tout petit, lorsque mes parents nous emmenaient régulièrement dans des restaurants vietnamiens souvent tenus par d'anciens militaires... Les nouilles sont frites séparément et on dispose la garniture par dessus. 
Mettez un peu d'huile au fond d'un wok, et mettez-y les oignons rosés à cuire. Un peu de coloration est bienvenue. Ajoutez les poivrons, les lardons, les carottes, le gingembre et le piment. Poursuivez en incorporant le reste des légumes en fonction de leur temps de cuisson, ils doivent tous rester un peu croquants. 

Calamars et crevettes sont ajoutés en toute dernière partie, pour leur éviter une sur-cuisson. Vous assaisonnez alors de poivre noir et de nuoc-mam. Quant aux pousses de soja, elles terminent le bal, ne devant pas cuire pour apporter de la fraîcheur à l'ensemble. Sur mes photos par exemple, elles sont un peu trop cuites. 

Parallèlement, vous aurez mis de l'huile à chauffer dans une poêle (sauf si vous avez deux woks), pour y terminer les pâtes en friture semi-profonde. Vous disposez ces dernières par petits paquets dans l'huile bien chaude, et vous les répartissez en les mêlant d'un geste circulaire pour obtenir une "galette" homogène et aérée, d'une épaisseur de deux centimètres environ, bien croustillante. 

Vous la faites bien égoutter de son huile, et vous la tenez au chaud dans le four le temps de finaliser la garniture. Sauf si vous êtes parvenus à parfaitement coordonner les deux préparations, auquel cas je me demande bien pourquoi vous trainez encore sur ce blog ?

Mettez la galette de riz dans un plat, disposez la garniture par dessus, et terminez en répartissant la coriandre.   

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Ce plat peut paraître long et fastidieux à préparer, mais il vaut vraiment le coup de s'y atteler. Vous pouvez bien entendu choisir une version plus simple, comprenant moins d'ingrédients. Toutefois si vous n'y mettez pas de jets d'ail, ajoutez une ou deux gousses d'ail avec le gingembre et le piment. 

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Comme pour nombre de fritures, une bière blonde convient parfaitement pour arroser ce plat. J'ai un peu de mal avec la production vietnamienne et encore plus avec la sempiternelle Tsingtao. Tournez vous plutôt vers la Singha de Thaïlande. Et si l'envie vous prenait de boire à ma santé, surtout ne vous gênez pas....

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Posté par Patrick Cadour à 07:07 - - Commentaires [9]


dimanche 10 juillet 2011

Paella Cadouriana

Je m'apprêtais à passer un week-en tranquille, à casser  gentiment la croûte à coups d'expédients (qui sont en pleine saison actuellement, je vous les conseille). Je n'avais aucun programme, si ce n'est peut-être publier une des recettes créées pour le pique-nique des blogueurs organisé par Dorian la semaine dernière, et que Murielle attend pour les publier sur cette page    

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Je m'y mets tranquillement en fin d'une après-midi de glande militante, et erreur fatale, j'ai la faiblesse de le consigner sur Facebook. Oui, j'ai le réseau social alimentaire, mon cher Watson. Aussitôt, je suis harcelé par quelques groupies qui adorent me voir au piano debout, mais qui ne s'intéressent qu'au contenu des gamelles, alors je ne fais plus l'effort de porter ni un tablier affriolant, ni des gants de boxe pour conserver un aspect viril à cette activité aussi nourissante que salissante. Bref une jolie mise en boîte pour que je publie cette recette. 

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Je n'en avais nullement l'intention, d'abord parce qu'elle est affreusement longue à écrire et ensuite parce qu'elle constitue quasiment un secret de famille. D'où le nom de la recette, ce n'est pas juste que je me la pète en lui donnant le mien, comme d'autres l'attribuent à des coléoptères ou à des collées au plafond par leurs six pattes ventousées.

Je la tiens de ma mère, qui elle même la tenait de je ne sais pas qui, une chose est sure, pas de la sienne... Elle s'était même faite une vraie réputation dans son cercle d'amis finistériens qui la lui réclamaient sans cesse, c'est d'ailleurs comme cela aussi que j'ai découvert le safran, un amour d'enfance donc...

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Bien entendu, j'ai un peu modifié le process, mais tous les ingrédients et saveurs sont à l'exact souvenir. Ma mère parfois pour ses soirées, ajoutait un élément chic, homard ou langouste, mais c'était à une époque où ces crustacés pullulaient, il fallait les écarter à la pelle pour tenter de trouver des patelles ou des crabes verts...

Vous vivez donc un moment exceptionnel, car cette paella l'est vraiment, et surtout parce que pour une fois, l'introduction de mon billet est plus courte que la recette.
 

Paella Cadouriana

Ingrédients

- 600 g de riz long
- 1 belle pincée de filaments de safran
- pimenton de la Vera
- piri-piri
- ½ orange
- 3 cuisses de poulet
- 3 belles chipolatas (ou 6 petites)
- 15 cm de chorizo espagnol
- 1 petite lotte (800 g à 1 kg)
- 3 calamars moyens (600 g)
- 500 g de moules de bouchot
- 500 g de petites gambas
- 3 oignons jaunes
- 1 beau poivron rouge
- 1 petit poivron vert
- 2 poivrons verts piquants
- 3 belles gousses d’ail
- 5 tomates
- 300 g de haricots verts assez gros
- 500 g de petits pois
- sel
- poivre noir
- huile d’olive
- beurre

On ne manquera pas de m’asséner que la paella se fait au riz rond espagnol,  sinon ce n’est pas une vraie… ce que je confirme, c’est une cadouriana, et je l’aime bien comme ça (en plus trouver du riz espagnol en Finistère, c’est coton). C’est le seul plat où j’utilise le riz américain de l’oncle machin.

Le piri-piri est une sauce piquante portugaise, mille fois plus distinguée que ce petit poison de Tabasco. Le pimenton de la Vera est parfois vendu comme « paprika fumé ».

Vous pouvez utiliser une grande poêle antiadhésive, ou le traditionnel plat à paella en tôle, j’ai les deux, le second très grand, je ne le sors que lorsque je veux en faire une grande quantité à congeler. Samedi j’ai utilisé la poêle, ce qui rend la cuisson plus facile.

La recette n’est pas difficile, elle est juste un peu fastidieuse en raison du nombre important d’ingrédients à préparer avant cuisson. Vous noterez que pour ce motif et pour une fois, je vous livre des mesures précises.

Recette

Mises en place :

- Lotte : lever les filets, et couper en en morceaux à mettre à mariner avec de l’huile d’olive, un peu de gros sel, du piri-piri, le jus d’une demie orange et du pimenton de la Vera.

- Calamars : nettoyer et couper en lanières. Précuire dans la poêle en démarrant à froid avec un peu d’huile d’olive et de sel, dès que les lanières commencent à s’enrouler, c’est le signe que la chair a perdu son eau excédentaire, égoutter aussitôt.

- Cuisses de poulet : les couper en deux, et dans la même poêle essuyée du jus des calamars, les faire dorer quelques instants dans un peu d'huile d'olive.

- Chipolatas : les précuire quelques instants avec le poulet, percées ou non selon votre tolérance au gras.

- Moules : enlever le byssus et les balanes qui pourraient être collées à la coquille, et laver soigneusement

- Gambas : détacher la tête en tachant par une torsion de faire venir le boyau de la queue avec ;  à l’aide de ciseaux, entailler la partie supérieure de la carapace sur toute sa longueur (si vous n’avez pas eu le boyau, il ne devrait plus vous échapper).

- Oignons : peler et émincer grossièrement

- Poivron rouge : ôter les graines et les parties blanches, couper en morceaux (environ 1,5 cm)

- Poivron et piments verts : même traitement, mais couper en lanières un peu fines

- Ail : peler et couper en petites dés

- Tomates : couper en quatre et enlever les graines

- Petits pois : écosser

- Haricots verts : préparer, couper en tronçons uniformes, les faire blanchir à découvert deux minutes à l’eau bouillante salée, rafraichir aussitôt dans une bassine d’eau froide.

- Chorizo : couper en rondelles pas trop fines

- Safran : mettre les filaments à infuser dans un verre d’eau tiède

Je recompte, apparemment je n’ai rien oublié… j’ai présenté la suite des opérations dans l’ordre le mieux organisé pour gagner du temps, afin d’éventuellement démarrer la cuisson avant d’avoir effectué tous les préparatifs, car tous les ingrédients sont ajoutés successivement.

Cuisson :

- Dans la même poêle qui a servi à faire dorer le poulet et les chipolatas, débarrassée de la matière grasse, faites revenir les oignons dans un mélange de beurre et d’huile d’olive. Ne salez pas, ils doivent un peu colorer.

- Ajoutez les poivrons rouges, puis les poivrons verts quelques minutes après ; laissez cuire un peu, puis mettez le poulet, et ensuite les crevettes.

- Lorsque les crevettes ont commencé à se colorer, mettez les calamars, l’ail et salez un peu.

- Ajoutez les moules et les tomates, et laissez cuire jusqu’à ce qu’elles aient un peu commencé à fondre.

- Ajoutez alors les petits pois et le riz, mélangez, répartissez le safran avec son eau, salez encore un peu à nouveau, puis ajouter de l’eau froide pratiquement à hauteur.

- Cuisez à feu moyen doux en remuant régulièrement. Si toute l’eau est absorbée avant que le riz ne soit cuit, ajoutez un verre d’eau chaude.

- Dix minutes après avoir commencé la cuisson du riz, ajoutez le chorizo, les haricots verts et les chipolatas, éventuellement coupées en deux.

- Lorsque que le riz est cuit et encore un peu humide, passez à petit feu, et laissez « sécher » ainsi, pendant au moins quinze minutes. La paella doit faire une petite croûte au fond de la poêle. Une petite croûte caramélisée, pas brûlée.

- Pendant cette dernière étape, enfilez trois morceaux de lotte sur de petites brochettes de lotte, et faites les griller au four.

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Il est évidemment hautement convivial d’apporter le plat à table, surmonté des brochettes; idéalement, vous le déposerez sur un dessous de plat à bougie. Là c'était le lendemain, en phase réchauffage, à feu doux et couvert d'une feuille de papier alu si vous n'avez pas de couvercle assez grand...

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Et convivial, il faut bien qu'il le soit, on a beaucoup les mains dedans, pour décarcasser les crevettes, décoquiller les moules. Vous avez tout intérêt à prévoir des serviettes en papier, car le safran colore bien les doigts...

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Généralement, je bois du vin rouge avec la paella, un vin assez costaud pour tenir face à ce déferlement de saveurs combinées. Le plus souvent un bon Côtes du Roussillon. Samedi soir, ma femme et moi étions parents abandonnés (et gare au premier qui dit qu'il faut être taré pour faire un plat pareil pour deux), on a fait tout le repas au mojito, j'avais l'intuition que ça le ferait bien, et j'ai eu raison ;-D

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Posté par Patrick Cadour à 17:35 - - Commentaires [14]
samedi 9 avril 2011

Pastilla d'Essaouira

Je me dépêche (ou presque) de publier ce billet, car j'ai semé l'émoi (et qui sème l'émoi récolte le calendrier despote) lors de cette journée du 1er avril 2011, dont vous vous souviendrez comme celle où Cuisine de la Mer a failli s'arrêter. 

Autant vous dire qu'on a gueulé dans les criées, râlé dans les ralingues, hurlé dans les haubans et hué au Viet Nam. Je me suis pris des bordées d'injures à bâbord et de tristes regrets à tribord; on m'a cherché des poux à la proue et des poulpes à la poupe, comme quoi j'aurais le compas sans compassion et la barre complètement barrée. On m'a accusé d'avoir l'encre en cale sèche et l'ancre sans miséricorde, de tout laisser en rade, de baisser mon calmar et de me faire la baie, bref de terminer en queue de poisson. 

Vous me connaissez, je pourrais continuer sur ce mode jusqu'à la prochaine grande marée, mais je reçois des réflexions sur l'excessive longueur de mes billets, je vous jure, les gens ne sont jamais contents... Alors oui, c'était une farce (j'en ris encore comme une garcette de ris), j'imagine que le principe ne vous choque pas de la part d'un cuisinier qui par ailleurs, prétend ne choquer que des voiles. 

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Après avoir prétendu renoncer à tous les produits de la mer, voici que je vous ai concocté une recette dans laquelle on trouve un poisson, un crustacé, un coquillage et un céphalopode, entre autres bricoles comestibles : A propos de longueur, la tradition stipule qu'une recette de pastilla ne peut s'écrire en moins de mille mots, tant on s'attache à y mettre des ingrédients variés.

Essaouira

"Essaouira, Essaouira, les aristocrates à la lanterne", comme le dit la chanson qui nous conte Versailles. A la lanterne peut-être pas, mais à la Bastille plus surement, et parce la langue arabe ne connait pas le "p", encore plus certainement à la bastilla (bastella au Maroc, à rapprocher du bastelle corse mais néanmoins comestible).

De fait, le mot vient du grec pasta, et s'est diffusé dans toute la Méditerranée, bien avant qu'un certain Jean Pastilla, arrivé en France dans les bagages de Catherine de Médicis, n'invente la pastille dont nous nous nourrirons tous bientôt, si on se laisse faire.

Lorsque j'ai découvert cette préparation volaillère plus sucrée que salée, entourée de feuilletage et saupoudrée de sucre glace comme s'il en neigeait, je l'ai aussitôt située dans l'univers hostile des pâtisseries.  Je ne m'en suis plus préoccupé, jusqu'à un récent séjour au Maroc où j'ai goûté une version aux fruits de mer, après qu'on m'eut expliqué dans un restaurant de Marrakech qu'on ne met pas de sucre dans la version aux fruits de mer, c'est en cela aussi qu'on reconnait une grande civilisation.

En fouinant sur internet par la suite, j'ai découvert que la pastilla que j'avais en tête de reproduire est dite d'Essaouira, et j'en fus bien content. C'est une ville, un port, une forteresse qui me fascine depuis longtemps, rien qu'à prononcer son ancien nom "Mogador", j'ai comme des émois corsaires dans le grand mat.

Essaouira, la ville aux portes et aux barques bleues, aux remparts sans cesse battus par les vents, le Saint-Malo de l'Atlantique. Ne croyez pas que je raconte n'importe quoi pour faire joli dans le lyrisme pour plage et banquets. C'est en effet sur le modèle de Saint-Malo que cette autre forteresse maritime a été bâtie, par Théodore Cornut, un gars de la veine à Vauban. C'est criant non?

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Depuis cette époque, il est coutumier sur le port de Saint-Malo à ceux qui prennent la mer "Ne crains pas, tu essaouiras des tempêtes amères, mais le mirage sucré des mers de sables te consolera". Saint-Malo, où par ailleurs semble s'organiser un pique-nique à base de blogueurs bretons et sympathisant de la cause, tous les renseignements sont ou seront disponible chez l'autorité locale en matière de blogomiameries, Mademoiselle Gwen. J'y serai si les crabes ne me bouffent pas avant. 

Pastilla d'Essaouira (aux fruits de mer)

Ingrédients

- feuilles de brick
- beurre
- 350 g de filet de poisson blanc
- 350 g de calamar
- 250 g de grosses crevettes roses (ou des gambas)
- 750 g de coques
- 150 g de vermicelles de soja
- 2 oeufs
- 1 petit citron confit au sel
- 1 gousse d'ail
- 1 bouquet de coriandre fraîche
- trois pincées de filaments de safran (0,5 g )
- une cuiller à café rase de niora (piquant ou non, à votre goût)
- poivre noir
- sel

Comme je l'écrivais en début de billet, faire une pastilla constitue pour moi  l'incursion ultime dans le domaine de la pâtisserie, un monde où tout est quantifié, que si tu ne sais pas utiliser une balance (j'oublie souvent la tare), et un gobelet mesureur  (je me trompe souvent dans les ml et les cl, voire dans les règles de trois), tu te retrouves vite disqualifié avec une recette que tu ne comprends pas pourquoi tu l'as ratée...  Je préfère cuisiner dans mon style ménopausé, je veux dire sans règles.

Cela dit, puisque ce jour je suis dans la pâtisserie, je fais un effort et je précise les quantités à utiliser, mais c'est pour déconner, vous pouvez concocter le mélange de produits de la mer que vous voulez, mais honnêtement, la recette telle qu'elle est réalisée ici est savoureuse et très bien équilibrée.  Notez toutefois que les poids sont donnés pour les ingrédients bruts, pour  les coques en particulier, ça a du sens de le préciser ! 

Recette

- Portez à ébullition une casserole d'eau, éteignez le feu et laissez-y tremper les vermicelles de soja pendant deux minutes. Egouttez, rincez à l'eau froide, coupez en morceaux de trois à quatre centimètres environ.

- Nettoyez les coques, faites les ouvrir dans une casserole couverte. Filtrez le jus de cuisson et mettez-y le safran à infuser. Enlevez les coquilles.

- Videz et nettoyez les calamars, coupez-les dans leur largeur en fines lanières. Placez-les à froid avec un peu d'huile d'olive dans une poêle, et faites chauffer. Dès qu'ils ont rendu un peu d'eau, égouttez.

- Décortiquez et coupez en trois ou quatre tronçons les queues des crevettes.  Coupez le filet de poisson en morceaux pas trop petits.

- Enlevez la pulpe du citron confit et coupez l'écorce en petits dés. Ciselez les feuilles du bouquet de coriandre.

- Dans une jatte, mélangez tous ces ingrédients, ajoutez les oeufs, le niora, le sel et le poivre. Laissez une heure au repos au frais, le temps que l'osmose des saveurs commence à s'opérer.

- Au fond d'un à moule à gâteau (et c'est là que ça se gâte), disposez deux feuilles de brick préalablement enduites au pinceau de beurre fondu. Puis ajoutez quatre feuilles, en les faisant largement déborder en dehors du moule. Remplissez avec l'appareil, rabattez par-dessus les feuilles que vous avez laissé dépasser à dessein. Terminez en couvrant de deux autres feuilles, en tachant de "border" la préparation. Passez un coup de pinceau de beurre fondu.

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Bon, par dessus j'ai voulu faire une déco en déposant un cercle de graines de sésame noir, c'est raté et ça ne sert à rien. J'aurais mieux fait de tenter un origami de poisson avec un bout de feuille de brick...

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Passez au four à 180°, le temps que ce soit bien doré et que l'appareil soit bien pris et chaud, soit environ vingt minutes.

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Si votre décor est réussi, servez dans le moule de cuisson, sinon, vous pouvez démouler en retournant le moule sur un plat. C'est cette solution que j'ai adoptée. J'ai présenté en assiette avec des tranches de tomates (du Maroc, obligé, et d'ailleurs ce sont les seules mangeables en cette saison) et quelques feuilles d'une jeune romaine, assaisonnée d'une vinaigrette à base de vinaigre de Banyuls et d'huile d'olive au citron.

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Bon, c'est clair que je n'aurai ni le premier prix de photo culinaire, ni celui de dressage d'assiette avec ce billet, mais croyez-moi, c'était délicieux, et comme l'a dit ma goûteuse historique "Tu as le droit de recommencer". 

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Posté par Patrick Cadour à 08:02 - - Commentaires [14]


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